J’ai souvent entendu que :

« Ah ! T’es en PMA ! C’est une bonne chose, tu vas être bien suivie au moins ! »

« Ah ça y est, vous allez pouvoir faire un bébé ! »

« C’est cool, au moins ils (les gynécos) connaissent les difficultés que les couples traversent et font le nécessaire ! »

« Allez ! ça va pas être facile hein, mais faut ce qu’il faut ! »

 

J’ai remarqué aussi que le parcours PMA est carrément souvent méconnu et donc « idéalisé » (entre guillemets hein…).

Genre t’appelles, t’as un rendez-vous la semaine suivante, on te fait un petit topo de la situation (Bonjour ma ptite dame ! ça sera quoi pour vous ? Plutôt insémination ? Plutôt fécondation in vitro ?) devant un petit café et un gâteau au chocolat (ouais, moi j’aime le gâteau au chocolat, c’est comme ça !).

Puis on te prescrit des examens mais bon, là c’est pareil, les rendez-vous sont HYPER rapides, du coup, tu revois la gynéco 15 jours après, pile poil pour commencer le protocole et là, comme ta stimulation ovarienne s’est passée sans soucis, t’as droit à ta première insémination (je ne connais que le protocole « insémination », je prends donc les délais de celui-ci pour exemple) environ 1 mois 1/2 après le premier rendez-vous !

Et comme vouloir faire un bébé ça suffit (ou « c’est dans la tête » diront certains…), 15 jours après ton insémination tu fais pipi sur un bâton et, ô surprise, ô joie, ô bonheur ! C’est positif !

Alors… Comment dire ?... Je suis consciente que je vais chagriner, étonner, choquer certaines personnes mais : NON, un parcours PMA ce n’est pas cette parfaite petite histoire…

Ça ressemblerait plutôt à ça (je précise toujours que je parle de notre expérience)

  • Ça fait plusieurs années que tu es en couple et que vous essayez de vous reproduire mais, vous ne savez pas pourquoi, ce petit être ne semble pas avoir envie de pointer le bout de son nez. J’entends des petites voix murmurer « plusieurs années ? » dans l’assemblée… Oui, oui… Y a des justificatifs de domicile à fournir et une copie du pacs, histoire que tu te pointes pas avec le premier gars plutôt mignon (tant qu’à faire hein…) que t’as trouvé au coin de la rue, normal quoi...
  • Tu vois ton gynéco habituel qui, au choix, te fait faire des courbes de température pendant 3 mois ou t’envoie directement en PMA (le mien m’a fait faire les courbes ET a tenté 10 mois de stimulation simple avant de me dire qu’il ne pouvait rien pour moi et de me filer un courrier pour un centre PMA)
  • Tu te renseignes sur le centre le plus proche de chez toi et tu appelles pour prendre un rendez-vous : « Bien sûr madame, le premier rendez-vous disponible est dans 8 semaines, vous le prenez ? » « Allez, on prend ! ». En raccrochant tu te rends compte que 8 semaines… c’est long ! Et là, grande naïve, tu te dis que c’est pas grave, dans 8 semaines on saura où on en est vraiment et ce que le médecin va faire pour que notre vœu le plus cher se réalise au plus vite.
  • Jour J, tu es dans la salle d’attente d’un cabinet privé (j’ai oublié de préciser que les hôpitaux publics ne sont pas équipés pour tout ce qui est PMA « pure et dure »), c’est joli mais impersonnel. Après avoir vu la secrétaire, le médecin vient te chercher, t’emmène dans son bureau et « Bonjour madame, alors on va commencer par une prise de sang pour tous les deux, un spermogramme pour monsieur, des prélèvements et une hystérosalpingographie pour madame (vous ne vous inquiétez pas, certains examens ne sont pas remboursés) et on se revoit avec tous les résultats. Voilà, voilà, je vous laisse voir avec la secrétaire pour le règlement de la consultation, à bientôt ! ».Temps passé au centre (en incluant le temps passé avec le secrétaire et un portefeuille plus léger de 80€) : 15 minutes. Oui, je sais… Là vous vous dites « Mais comment ?! Où sont le café et les petits gâteaux ?! Où est le médecin attentionné qui accompagne sa patiente découvrant des termes qui, jusqu’à aujourd’hui, lui étaient parfaitement inconnus ? ». Réponse ? On le cherche toujours…                                                                                                                                                        Il faut dire que ça marche fort la PMA ces temps-ci… Les carnets de rendez-vous sont remplis, les patientes se succèdent… Il faut croire que ça ne laisse plus de place à l’empathie (ou en tout cas, vachement moins…).
  • Rentrée chez toi, tu décroches ton petit téléphone et essaie de prendre tes rendez-vous. Surprise, là encore… Les prises de sang, le spermogramme et les prélèvements ça va, c’est rapide… Mais l’hystéro… Comment dire ?... Ben c’est que ton souci d’infertilité, la p’tite dame qui donne les rendez-vous elle s’en soucie à peu près autant que de sa première petite culotte… Autant dire que tu peux faire ta malheureuse autant que tu veux « Mais, vous comprenez madame, ça fait 2 ans qu’on essaie d’avoir un bébé et on y arrive pas… *snif snif, entendez mon malheur…* », la réponse sera la même : « le premier rendez-vous dispo est dans un mois et demi madame ». Allez ! Prends donc 2 mois de plus dans les dents !
  • Vient donc le moment de la tant redoutée hystérosalpingographie (rien que le nom ressemble à une insulte…) et des autres examens… Oui, ça fait putain de mal cet examen mais, étrangement, ce n’est pas le souvenir le plus marquant que j’en garde… Ce que je me rappelle c’est que, ce jour-là, je me retrouvais encore avec un médecin que je ne connaissais pas entre les cuisses et j’ai vraiment pris conscience que mon corps n’était plus vraiment « mon » corps… Parce que, oui, entrer en PMA c’est ça aussi… C’est laisser entrer dans ta vie intime un tas de personnes (appartenant toutes au corps médical évidemment ^^)
  • Dès que tu as tes résultats, l’avantage c’est qu’on te file un rendez-vous assez rapide au centre PMA, donc tu revois la gynéco qui t’explique le protocole (insémination pour nous donc…). Avec beaucoup un peu de chance, tu connaîtras ta première insémination pour ce cycle et, peut-être même (soyons fous !) que ton pipi-sur-le-bâton te fera pleurer de joie cette fois… Mais sûrement peut-être qu’il en faudra une, deux, trois, quatre de plus pour que ça fonctionne… Peut-être aussi que ça ne fonctionnera pas… Tu vivras donc chaque  nouveau cycle comme une injustice, comme une gifle que cette chère Dame Nature t’envoie en plein visage tout en gardant le sourire parce que « quand même, y a plus grave que ça hein ! » (si, si, promis je l’ai entendu et je n’ai pas cédé à la pulsion meurtrière passagère…)

 

Un parcours PMA c’est un nombre élevé d’échos de contrôle, c’est des injections d’hormones tous les mois dans le ventre et leurs effets désastreux sur l’humeur et le poids.

Un parcours PMA c’est faire face, d’un côté, au manque d’empathie des médecins et, de l’autre, aux phrases toutes faites des personnes pas/peu informées sur ce qu’est la réalité de ce parcours.

Un parcours PMA c’est apprendre à se détacher de son corps, à oublier ce que signifie le mot « pudeur » tellement tu t’habitues à enlever ta culotte dès que tu passes la porte d’un cabinet médical.

 

Alors… NON, un parcours PMA ce n’est pas « cool », ce n’est pas « facile »…